Chantier A69 - "cours et plan d'eau sensible" Benoît VERZAT CC bySA

C’est une décision historique qu’a prise le tribunal administratif de Toulouse le 27 février 2025 en annulant l’autorisation environnementale de l’autoroute A69 !

Pour la première fois, le droit environnemental a arrêté un chantier d’infrastructure de plus de 100 millions d’euros déjà commencé. Un chantier qui a déjà causé la disparition de centaines d’hectares de forêts et de terres agricoles pour des perspectives gains de temps marginaux sur les trajets routiers ! Les juges et le rapporteur public ont dit explicitement n’y avait pas de raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM) pour justifier ces atteintes à l’environnement irréversibles.

Pourtant, cette semaine, l’État a fait appel de cette décision de suspension pour poursuivre le chantier.

Il y a en France plus d’une centaine de projets routiers (déviations, élargissements, nouveaux tronçons) représentant près de 20 milliards d’euros d’investissement. Dans un contexte de contrainte budgétaire, ne serait-il pas temps d’adopter un moratoire sur ces projets comme le propose la « Déroute des routes » ?

Pour décarboner les routes et globalement le secteur du transport, arrêter de construire de nouvelles routes n’est évidement qu’une des nombreuses mesures qu’il faut mettre en œuvre, non suffisante, mais indispensable !

Un enjeux clé pour limiter notre contribution au bouleversement climatique

La réduction du trafic routier est une composante commune à tous les scénarios prospectifs sérieux (i.e. qui tendent à limiter nos impact au sein des limites planétaires – cf ADEME, Association négaWatt ).

Pour réduire le trafic routier, il faut commencer par arrêter d’investir dans ce qui entraîne son augmentation, donc il faut arrêter de construire des nouvelles routes.

Pour le dire autrement, les bienfaits d’autres mesures telles que l’allégement des véhicules, l’augmentation de l’offre en transport en commun, la construction de pistes cyclables… toutes ces mesures ne tiendront jamais leurs promesses de réduction de gaz à effet de serre si l’on poursuit la construction de nouvelles routes ( trafic induit, effet rebond).

« Croire que les Français basculeront de la voiture au transport public sans un avantage en temps de parcours ou en coût relève de la pensée magique » Yves Crozet et Jean Coldefy

Plusieurs régions dans le monde ont déjà acté l’arrêt de la construction de nouvelles routes :

  • les Pays-Bas : 2023
  • le Pays de Galles : 2021

Au delà de cette dimension quantitative, il y a d’autres dimensions qui peuvent conduire à considérer l’arrêt des nouvelles constructions routières un aspect clé à mettre en avant dans le cadre de la transition énergétique.

Justice sociale

Pour mener à bien ces projets routiers, concrètement, ce sont des personnes qui voient leurs terres de production agricole détruites, leurs lieux de ressourcement en nature coulés sous du bitume, leurs maisons rasées. Le tout dans des zones souvent moins aisées que les centres métropolitains où se concentrent le pouvoir de décision. Ces projets sont très régulièrement imposés à la population locale. Créer de nouvelles routes c’est aussi faire le choix d’une mobilité pour les plus aisés au détriment des autres. Les français dépensent en moyenne 400 euros par mois pour leurs déplacements en voiture… de plus en plus n’arrivent pas à supporter ces coûts et sont parfois contraints à renoncer à se déplacer pour se soigner, pour chercher un emploi, pour rendre visite à un proche (1).

Savoir renoncer… pour s’ouvrir des perspectives

Développer, s’organiser pour monter en puissance, investir … ce n’est pas simple, mais c’est néanmoins ce que l’humanité a réussi à faire avec un succès foudroyant ces 70 dernières années… réorienter cette énergie vers d’autres solutions (énergies renouvelables, voiture électrique, véhicules légers, trains, etc.) c’est clairement une grosse partie des transformations à mener … et c’est loin d’être simple. Mais ce qui semble encore plus difficile (et les exemples en ce sens sont légions) c’est d’envisager des renoncements, c’est d’arriver à penser des limites, et pouvoir se les fixer collectivement.

Parce que cela est difficile, parce que cela implique une évolution culturelle, parce que ça ne fait pas consensus, c’est d’autant plus essentiel de le nommer. Parce qu’aussi ce sont des renoncements qui n’affectent en rien les dimensions clés d’une vie épanouie 😊 (2)

Ne pas ouvrir un nouveau champs pétrolier, limiter la place de la publicité, ou arrêter de construire des routes en France : ces actions ne vont pas réduire à court terme nos gaz à effet de serre. Mais leurs mises en œuvre laissent entrevoir l’amorçage d’un virage… vers un monde vivable !


(1) https://www.fnh.org/13-3-millions-de-francais-en-precarite-mobilite/

(2) Étude historique sur les facteurs d’une vie épanouie https://www.harvard.com/book/the_good_life/

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